Autour du rapport du club des 13

Compte rendu du débat à la fémis du 17 avril


Pour ceux qui ont lu le rapport, la lecture de ce compte rendu ne leur apportera rien de nouveau mais leur permettra de mieux appréhender la démarche des auteurs du texte. Ce compte rendu n'est pas complet, d'une part parce qu'il est rédigé de mémoire, ensuite parce qu'il ne reprend que les passages que j'ai jugé les plus intéressants, dans un style décousu et décontracté, à l'image du débat.


Compte rendu de la table ronde avec des membres

du "Club des 13"à la Fémis le 17 avril 2008


Rencontre animée par Marc Nicolas (Fémis) et Jean-Michel Frodon (Cahiers du cinéma).

Participants : Pascale Ferran (réalisatrice et scénariste), Stéphane Goudet (exploitant), Bertrand Bonello (réalisateur), Philippe Martin, Fréderic Bourboulon (producteur), Martine Marignac (distributrice), Nicolas Philibert (documentariste)

Rappel de la genèse du projet par JM Frondon (voir pour plus de détail sur le site des Cahiers)

L'objet de débat sera porté davantage sur les constats et symptômes qui les ont amené à écrire ce rapport plutôt que sur le texte et ses propositions.



Introduction de JM Frodon 

Constat d'une bipolarisation du cinéma, avec d'un côté les film chers (+15M €) et de l'autre les petits films sous-financés (2-3M €). Et entre les 2, de moins en moins de « films du milieu » (4-7M €), (dont la définition fait l'objet de longues discussions dans le rapport et depuis ce rapport), seulement 19 films de ce type en 2006 contre 49 en 2004. Ce sont les films d'auteurs à vocation populaire, les films d'auteurs reconnus (Historiquement les films de Truffaut, Resnais, Chabrol… et aujourd'hui Desplechin, Audiard, Téchiné, Tavernier…) et plus globalement les projets plus ambitieux de réalisateurs au regard singulier.


P. Ferran 

Ce rapport est un point de départ et est volontiers ouvert aux débats et discussions ; il est ici pour que l'on s'en empare. Le projet est illégitime puisque personne ne nous a nommé mais les retours favorables sont de plus en plus nombreux ; la lettre envoyée aujourd'hui par la ministre de la culture est encourageante dans la reconnaissance de cette légitimité.


JM Frodon 

Tout en voulant rester positif et sans vouloir simplifier, il faut reconnaître que les problèmes sont largement liés à l'administration du CNC. Je l'ai souvent dit, il y a trop d'argent dans le cinéma et il est mal redistribué. Il ne s'agit pas tant de trouver plus d'argent mais plutôt de reconstruire un modèle différent.


B. Bonello, N. Philibert 

La question du « film du milieu » ne concerne pas dans leur travail certains membres du club pourtant ils se sentent interpellés par les nombreux questionnements sous-jacents ; à travers cette réflexion, c'est toute la question de la créativité et la diversité de la production française qui est abordée.


F. Bourboulon

Ecriture et formatage :

Problème d'anticipation de la diffusion télé du film dès la phase d'écriture qui pousse l'auteur au formatage et crée des effets pervers. Le jour où les chaînes tv ont obtenu leur carte de producteur on a vu apparaître des critères ridicules. Cela pose la question de la conscience de l'auteur à l'écriture qui se doit d'être ni trop ouvert au formatage ni trop fermé au réalisme de ce secteur difficile.

Mais que faire de ces scénarios qui refusent la standardisation ? Les producteurs indépendants se battront davantage pour eux et même s'ils n'obtiendront pas forcément un financement tv peut être pourront-ils tout de même se faire, sans doute avec un budget plus modeste.


S. Goudet 

Exemple de formatage : la fiche de lecture des chaînes prend en compte le nombre de scènes de nuit dans le scénario. Il ne faut pas plus de 2 scènes puisqu'ils ont jugé que le téléspectateur ne supportera pas autant d'obscurité à la diffusion….


F. Bourboulon

Ce qui pose problème c'est que même les chaînes publiques se mettent à reprendre les critères de sélection des chaînes privées alors que leurs cahiers des charges imposent le soutien de la création. Publicité et télévision : les rapports avec les chaînes publiques pourraient changer avec la disparition en 2011 de la pub.


P. Ferran

Le poids des tv sur l'esthétique des films est disproportionné. Il faudrait faire sans les tv, il y a 100 films par an qui se font sans elles. Il faut donc que le jeune scénariste se dise « je n'écris pas pour les télés ». En discutant avec un ami producteur, je me suis rendu compte qu'il n'était pas assez attractif d'engager de jeunes scénaristes puisque pour le même prix ils peuvent se payer un scénariste expérimenté. Paradoxalement, de nombreux producteurs recherchent des scénaristes désespérément, ils ne connaissent pas les jeunes auteurs, ne savent pas comment les contacter ni où les lire.


P. Martin 

Les structures indépendantes de production ou de distribution se renouvellent moins qu'auparavant. Il y a un grave problème des distributeurs indépendants face aux autres distributeurs. Comment peuvent-ils aujourd'hui prendre des risques sur un film ?

La décision de faire un film : il y a quelques années il suffisait d'environ 3-4 personnes pour décider de lancer un film : le réal, le producteur, le distributeur etc… Aujourd'hui il faut convaincre 30 personnes de professions différentes, avec de nouveaux critères de décision : les formats de diffusion et d'exportation etc… La décision a complètement changé de camp et elle ne se trouve plus à l'intérieur du cinéma.


S. Goudet

Je conseille la lecture du récent rapport Perrot-Leclerc. Ce rapport, intitulé « Cinéma et Concurrence », traite notamment des problèmes liés à l'apparition des « cartes illimitées », de la chronologie des médias, des conditions de sorties des films en salle etc…

(note perso : vous trouverez ci-dessous en lien un résumé de ce rapport sur le site du CNC, je précise que sa lecture et accessible à tous et dépasse de loin la seule question économique) : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/dossiers/Rapport%20cin%E9%20concurrence/R%E9sum%E9_rapport_cinema.pdf



P. Martin

Le film est de moins en moins au centre des choix des exploitants : on voit apparaître un glissement vers des pratiques de rentabilité : changer de films tous les 15 jours, culte de la nouveauté. Le choix de singulariser certains films et tenter de les garder longtemps est de plus en plus difficile. Les gros circuits fonctionnent sur cette logique de zapping et seul les films à gros budgets restent longtemps à l'affiche.



S. Goudet

La distribution indépendante est la filière la plus fragile. Les menaces de boycott du circuit existent réellement. La peur s'est installée avec le chantage des grands groupes et c'est justement l'initiative du club des 13 qui a permis de libérer la parole. Alors qu'auparavant, tous les distributeurs indépendants refusaient de s'exprimer publiquement sur la question, lors de la conférence de presse du club, tous ces indépendants étaient présents.


M. Marignac

La promotion des films :

L'augmentation affolante des frais de promotion des films a bouleversé le système.

Au centre du problème : les bandes-annonces maintenant payantes dans certaines salles (notamment les multiplexes) et dont la plupart des productions ne peuvent absolument pas se passer. Par principe beaucoup refusent de payer le passage des bandes-annonces de leur film mais c'est un choix difficile à tenir.

(note perso : voir proposition du rapport p183 :

« L'exclusion des Fonds de soutien sélectifs Exploitation pour les salles qui font payer la promotion des films (passage des bandes-annonces, affichage, promotion payante des films dans les journaux programmes »).





Article ajouté le 2008-04-21 , consulté 166 fois

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